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TROIS CLOCHES POUR L'EGLISE NEO-GOTHIQUE DE RODANGE EN 1869
Le 19 août 1868, alors que la mise en oeuvre de la nouvelle église néo-gothique de Rodange débuta, l'administration communale de Pétange passa un contrat avec Charles Gaulard, fondeur de cloches d'Audeloncourt1 (Haute-Marne), pour la fourniture de trois cloches, à savoir: La première, 1230 kg, den ton ré; la deuxième, 920 kg, de ton mi et la troisième, 630 kg, de ton fadièze. Cette convention, hélas, ne reçut aucune approbation de l'autorité supérieure. Ainsi, le commissaire de district de Luxembourg, Alphonse de la Fontaine, suspectant de prime abord toute prérogative cléricale, croyait y reconnaître l'influence du desservant. Selon lui, deux cloches d'un poids total de 1200 à 1300 kg étaient amplement suffisantes pour une petite localité comme Rodange. Pour Edouard Thilges, directeur général des affaires communales, la dépense des cloches ne devait pas dépasser 7000,- F. En effet, la nouvelle paroisse de Wiltz, qui comptait environ 1500 âmes et dont plusieurs habitants étaient très fortunés, avait réussi à se procurer une sonnerie pour 6000,- F. Il était donc évident que la petite paroisse de Rodange avec 500 âmes et une population moins aisée ne pouvait dépenser une somme plus élevée. Le 14 janvier 1869 le collège échevinal se mettait d'accord avec le fournisseur sur trois cloches de ton fa, sol et la d'un poids total de 1800 kg, à raison de 4,15 F/kg, compte tenu d'une bonification de 2,20 F/kg pour la refonte de la vieille cloche. Le métal devait se composer de 4/5 de cuivre de Russie ou du Chili et de 1/5 d'étain d'Angleterre. L'engagement pris par le fondeur comprenait aussi bien la livraison des accessoires que la mise en place des cloches dans la tour. Le traité en question n'était pas encore ratifié le 1er mars 1869, quand Charles Gaulard relança à nouveau le bourgmestre Pierre Kirpach afin de connaître la décision prise par l'autorité supérieure. Stupéfait, le bourgmestre s'adressa au directeur général, qui lui intervenait auprès du commissaire de district. En fait, le commissaire avait attendu le rapport de l'architecte de l'église, Antoine Hartmann. Dans ce rapport l'architecte montrait que le prix demandé n'était pas trop élevé, comparé à celui pratiqué par les concurrents, la maison Causard Père et Fils, avec succursale à Diekirch. Se ralliant à l'avis favorable de l'architecte, le commissaire de district fit même remarquer au directeur général que la section de Rodange disposait de grandes ressources (gisements de minette) Finalement le contrat fut approuvé le 21 mai 1869. Cependant, pour cesser toute concurrence, Charles Gaulard céda le 20 juillet 1869 sous seing privé à son confrère Firmin Causard, fondeur de cloches à Tellin (Luxembourg belge), la fourniture des cloches selon les dispositions du contrat du 14 janvier. Cet acte, établi au lieu de résidence de Charles Gaulard, à Arlon, stipulait entre autres que le sieur Gaulard fabriquerait les moules pour la sonnerie de Rodange, mais que les frais de construction et des moules et du four à fondre ainsi que les frais de pension seraient à charge du fournisseur des cloches, Firmin Causard. Les trois cloches furent fondues le mercredi 11 août 1869, à 6 heures du matin, par Charles Gaulard. D'après la tradition locale le fondeur les confectionnait à côté de l'église paroissiale, à l'entrée de la rue de la gendarmerie, là où se trouve maintenant le nouveau parking. La bénédiction solennelle des cloches eut lieu en présence des parrains et marraines le 24 octobre 1869, jour de consécration de la nouvelle église. Dans un bref mémoire, intitulé ,,Ad rei memoriam", l'abbé Nicolas Gloden nota: ,,Im Jahre 1868, im August, wurde der Bau der neuen Kirche von Rodingen begonnen. Im Oktober 1869 war derselbe gedeckt und zum grössten Teil inwendig fertig, so dass derselbe konnte eingesegnet werden; was geschah am 24. Oktober 1869, wo zugleich die drei Glocken ad. hon. Cordis Jesu et stae Mariae et sti Remigii eingeweiht wurden." Le 12 décembre 1869, dans l'après-midi, l'architecte de l'Etat Charles Arendt se rendit à Rodange pour procéder à la réception des cloches. A sa grande surprise il y découvrit une sonnerie en ré, mi et fa diès, d'un poids de près de 2900 kg, à évaluer à 12000 F. Celle-ci se trouvait déjà suspendue dans la tour, récemment achevée et encore non couverte d'ardoises. Sur place, l'abbé Nicolas Gloden et les conseillers communaux de Rodange lui expliquaient que le sieur Jean-Antoine Hurleaux de Metz, propriétaire de grandes terres à Rodange, s'était déclaré d'accord pour subvenir à la différence de prix moyennant la vente d'un terrain à la section communale (terrain d'une valeur de 150 F/are offert pour 50 F/are) pour l'établissement du nouveau cimetière. Là-dessus on aurait traité verbalement avec le fondeur pour obtenir une sonnerie plus forte. Ainsi, grâce à la perspicacité des autorités locales, la nouvelle église de Rodange disposait d'une sonnerie de cloches digne d'un avenir promettant. Cette façon de procéder, par contre, avait porté atteinte à l'allure récalcitrante du commissaire de district. Dans son rapport adressé au directeur général, il manifestait sa colère comme suit: " ... que le pesage fait en présence de trois conseillers de Rodange avec une balance de l'entrepreneur n'inspire pas la moindre confiance, attendu que pour quelques bouteilles de vin ces trois personnages approuveraient tout ce que l'entrepreneur voudrait. Depuis que le desservant actuel de Rodange s'est fait entrepreneur, on boit énormément dans ce pauvre village, si dépravé déjà par sa situation sur l'extrême frontière de notre pays. Les orgies y sont à l'ordre du jour, et l'argent de la commune qu'on extorque d'une manière ou de l'autre à la caisse communale, contribue pour une bonne part à entretenir cet état de choses que les conseillers communaux de Rodange, tous cabaretiers, ont le plus grand intérêt à perpétuer". ( texte: Joseph Collette )